Le Festival de Paris

Le Festival de Paris va connaître sa deuxième édition, la quatrième si l’on tient compte des deux années où il s’appelait le Festival Paris-Mezzo. Ce n’est plus un nouveau-né, mais un jeune Festival, nous en sommes très heureux. Il a fallu beaucoup de passion et de détermination pour le faire perdurer et le faire grandir. Vous en connaissez les principes : rendre la musique classique accessible au plus grand nombre, la sortir de son élitisme, faire briller Paris capitale de la culture, terre d’accueil des artistes étrangers, mère nourricière d’une jeune scène française talentueuse.

Le Festival de Paris se veut haut de gamme, populaire et patrimonial.

Le vendredi 15 juin, c’est une salle parisienne mythique, qui appartient à l’histoire de Paris et de sa musique, connue et reconnue dans le monde entier par les musiciens et chanteurs qui s’y sont produits, qui accueille le Festival. Elle n’est pas spécialement dédiée au classique, donc en ouvrant le Festival à l’Olympia, nous revisitons les lieux et l’histoire de la musique classique. C’est avec un organiste américain, Cameron Carpenter, qui s’est très peu à ce jour produit en France, que nous ouvrons cette édition 2018. Un concert d’orgue en dehors d’une église, c’est déjà rare, mais à l’Olympia ça devient exceptionnel ! Cameron Carpenter a conçu son instrument, il vient avec lui et son équipe, en car, depuis l’Allemagne où il est en tournée, s’inscrivant dans la tradition des grands groupes rock. Cameron Carpenter, qui est un musicien et un compositeur classique, bouscule tous les codes et a plus l’apparence d’un rocker. C’est pourtant avec Bach qu’il ouvre ce concert, avant de s’attaquer à Wagner, Gershwin, Scriabine et Piazzola.

Après l’Olympia, l’Île-Saint-Louis nous accueille, dans un joyau du patrimoine de la Ville de Paris, l’Hôtel de Lauzun, construit au milieu du XVIIème siècle par l’architecte français Charles Chamois pour un financier, et racheté à la fin du siècle par le duc de Lauzun et le marquis de Richelieu. Charles Baudelaire y occupa un petit appartement entre 1843 et 1845, où il écrivit son poème L’Invitation au voyage, et il avait pour voisin Théophile Gautier. Après Baudelaire et Théophile Gautier, c’est un ténor espagnol de 23 ans, très prometteur, Xabier Anduaga, qui va s’y installer le 18 juin, le temps d’un concert du Festival. Ses débuts au Théâtre des Champs-Elysées il y a quelques mois, dans le rôle d’Arturo, de Lucia de Lammermoor, ont attiré l’attention. Ce soir, il est accompagné par le pianiste Maciej Pikulski. Au programme : Bellini, Rossini, Liszt, Tosti, Hahn, Donizetti.

Le chœur des Moines de l’église Saint-Germain-des-Prés, récemment restauré, offre un décor pictural exceptionnel au troisième concert de la saison 2018 du Festival de Paris. Cette restauration est la première étape d’une opération de grande ampleur sur toute l’église, menée conjointement par la Ville de Paris et le Fonds de dotation pour le rayonnement de l’église Saint-Germain-des-Prés, église millénaire très visitée, à laquelle nombre de Parisiens, de provinciaux et d’étrangers sont attachés. Ce soir, carte blanche est donnée au chef Jean-Christophe Spinosi, qui a choisi d’étendre son répertoire de Monteverdi à la musique soul : pour lui, chez le compositeur italien on peut déjà trouver l’essence du gospel. Il se produit ce soir avec son Ensemble Matheus et la soprano franco-américaine Emilie Rose Bry, dont la tessiture lui autorise toutes les fantaisies.

Pour beaucoup, la tour Eiffel symbolise Paris. Œuvre originale d’un centralien, Gustave Eiffel, construction métallique au cœur de la modernité de ce XIXème siècle qui découvre un matériau nouveau, préféré à la pierre par souci d’économie, joyau de l’Exposition universelle de 1889, elle attire encore aujourd’hui 6 à 7 millions de visiteurs par an. Le Festival de Paris a choisi d’y retourner pour son édition 2018, avec un baryton, peut-être aujourd’hui le plus grand, Ludovic Tézier. Au cours d’un récital où il est accompagné au piano par Thuy Anh Vuong, il commence par des lieder de Mozart, puis Montparnasse de Poulenc, pour célébrer Paris, et La Bohème, d’Aznavour et Plante, avant d’attaquer Quatre chansons de Don Quichotte d’Ibert, L’Horizon chimérique et Les Berceaux de Fauré, pour finir avec un extrait des Nuits d’été de Berlioz, L’île inconnue.

C’est dans un monument national, un des plus visités aussi, la Sainte-Chapelle, que le Festival, encore cette année, achève sa nouvelle édition. Au cœur de l’île de la Cité, dans un des plus vieux quartiers de Paris, elle constitue avec la Conciergerie l’un des vestiges du Palais de la Cité. C’est une jeune violoncelliste déjà fameuse, Camille Thomas, qui va clore ce Festival en majesté. Fazil Say a écrit spécialement pour elle son premier concerto pour violoncelle. Ce soir, dans une première partie, c’est aux Suites n° 2 et n° 1 de Bach qu’elle consacre son talent, avant d’aborder, dans une deuxième partie, avec l’Ensemble Appassionato des airs d’opéra avec un arrangement pour violoncelle, qui devient la voix.

Que la fête commence ! Nous vous attendons nombreux pour célébrer Paris, la musique classique, et partager avec nous des émotions positives.

Michèle Reiser